Le paradoxe dit d’Euler-Cramer naît d’un étonnement de Cramer lors de la lecture d’un article erroné. Il demande alors de l’aide à Euler et s’en suivent des travaux de grande importance sur les courbes algébriques. Cet exemple permet de voir l’utilité des paradoxes dans la recherche mathématique.

Le nom de Gabriel Cramer reste aujourd’hui associé à un paradoxe qui porte sur le nombre de points nécessaires pour définir sans ambiguïté une courbe d’ordre* donné : 9 points pris au hasard définissent-ils une unique courbe d’ordre 3, ou plusieurs, voire une infinité ?

(* L’ordre d'une courbe du plan définie par une équation cartésienne à deux variables est la valeur maximale que peut prendre n + m dans les expressions de la forme x ny m .)


Un étonnement

Nous sommes en 1744 ; après avoir consacré tout son temps à son enseignement de mathématiques à l’Académie de Genève et à l’édition des Œuvres complètes des frères Jean et Jacques Bernoulli (voir l'article « Itinéraires d'un mathématicien genevois »), Gabriel Cramer reprend l’écriture de son Introduction à l’analyse des lignes courbes algébriques, qu’il a débutée en 1740 (le livre ne sera finalement publié qu’en 1750). Ce faisant, il énonce deux résultats qui lui semblent évidents : 1° une courbe d'ordre n est définie par la donnée de × (n + 3) / 2 points et 2° deux courbes d’ordres m et n se coupent en mn points (voir l'article « Une déterminante contribution à l'algèbre »). Ainsi, une droite est définie par la ... Lire la suite


références

- When Nine Points Are Worth But Eight: Euler’s Resolution of Cramer’s Paradox. Robert Bradley et Lee Stemkoski, Convergence, Mathematical Association of America, 2011. Disponible en ligne ici.
- Sur une contradiction apparente dans la doctrine des lignes courbes. Leonhard Euler, Histoire de l’Académie des sciences et des belles lettres de Berlin pour l’année 1748, 1750. Disponible en ligne ici.

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